UNE HISTOIRE DE GENEVE
recherches sur des visions peu connues de son passé


L’ Association Place-Neuve désire faire connaître au grand public les Essais de Louis Binz, professeur d’histoire à l’Université de Genève (1971-1995), ex-directeur de recherche aux Archives d’Etat de Genève.

La perspective de ce travail, commencé en avril 2005 et titré UNE HISTOIRE DE GENEVE, est indiquée dans la Préface de
l’auteur que le partenaire éditorial communique par internet.

Pour mémoire, on doit à Louis Binz, parmi ses derniers ouvrages importants : Les visites pastorales du diocèse de Genève par l’évêque Jean de Bertrand (1411-1414), publié en 2006.




Il est utile de fournir quelques indications sur l’origine de ces essais. J’avais contribué à l’histoire traditionnelle, celle de la narration chronologique par une Brève histoire de Genève de quatre-vingts pages. Il ne m’était pas difficile de la grossir en me servant des matériaux accumulés pendant plus de soixante ans et de transformer ce survol en un volume de quatre ou cinq cents pages. Cette idée ne me souriait plus. Mon désir était de présenter les modes de vie et de pensée des siècles disparus autrement qu’en suivant les étapes du temps. Dès lors, comment répartir la documentation disponible? Flottant entre plusieurs solutions, ne parvenant pas à trouver la meilleure, je reçus la clé d’un ami, Serge Desarnaulds, philosophe, écrivain et musicologue. Pourquoi, suggéra-t-il, ne pas observer une division selon les quatre éléments? C’était l’idée recherchée et je me mis au travail en débutant par l’eau, partie presque achevée, quand une maladie grave compromit mes forces et m’obligea à réviser ce programme en abandonnant le classement par élément au profit d’une série d’essais, sans l’unité d’un livre, mais avec toutefois l’avantage, dans ces circonstances défavorables, de pouvoir être interrompu à tout moment.

Si ce qui est rédigé de ces essais a pris une forme lisible, c’est encore à Serge Desarnaulds que je le dois, qui relut et fit passer mes manuscrits à l’ancienne, souvent peu déchiffrables, aux machines d’aujourd’hui; qui voulut bien se charger de la tâche écrasante de faire passer ces pages écrites d’une main défaillante. D’autre part, ses remarques précieuses et ses encouragements à ne pas renoncer ont fait de lui plus qu’un secrétaire. Il ne sera jamais assez remercié.

La période concernée dans cet essai va de la fin du Moyen Age à la fin du XVIIIe siècle. Même des dépassements après 1800 existent. J’ai privilégié les continuités des modes de vie et de pensée, bien repérables dans les classes populaires. Pour les élites en revanche, le XVIIIe siècle apporte une rupture certaine dont les débuts remontent au moment défini par Paul Hazard comme celui de La crise de conscience européenne. C’est alors que se diffusent rapidement des valeurs qui seront celles des Lumières, dominées par la raison. Cherchant d’autres preuves de ce mouvement que dans les oeuvres intellectuelles, il inscrira les instruments de travail de l’administration genevoise grâce aux travaux d’étudiants qui ont démontré un progrès rationnel dans les méthodes bureaucratiques entre 1680 et 1720. Il va de soi que ces institutions anciennes persistent au XVIIIe siècle, en premier lieu le régime féodal et seigneurial du Moyen Age, abattu en 1789 par la Révolution française, en 1792 par la Révolution genevoise. Jusque-là les paysans des campagnes dépendaient de la ville, quelle que fût leur condition juridique, libre ou serf (il y avait encore des serfs dans nos villages à cette dernière date), quelle que fût leur richesse. C’étaient des “sujets”, catégorie sociale la plus basse des habitants de la République, qui seront élevés au rang de citoyen, attribué à tous les Genevois dès cette année 1792.

Genève a eu la chance d’avoir beaucoup d’historiens. Rendons hommage au meilleur, Jean-Antoine Gautier, auteur au début du XVIIIe siècle d’une Histoire de Genève; il utilise systématiquement des documents d’archives avec un regard critique qui le distingue comme un précurseur génial des règles établies par l’histoire politique du XIXe siècle. Son originalité, hélas! ne fut pas de son temps. Son ouvrage tombait sous le couperet du secret d’Etat et ne fut imprimé en neuf grands volumes que de 1896 à 1914. Pour le champ de l’histoire, ce chef-d’oeuvre reste de consultation obligatoire pour les XVIe et XVIIe siècles politiques, non sans révéler dans les centaines de documents, cités souvent in extenso, des données de bonne prise pour le chercheur nouvelle manière, avide d’informations sur d’autres domaines que le politique.

Destinés au public, ces essais sont dépourvus de notes en bas de page ou en fin de texte. Quand il y a emprunt textuel ou presque texture à autrui, j’ai toujours mentionné dans le cours du texte les noms des auteurs et les titres parfois raccourcis. On ne s’étonnera pas du nombre des citations pas plus que de la longueur de certaines. Il convenait parfois de mentionner textuellement des historiens d’hier et d’aujourd’hui, davantage encore de donner la parole au passé par l’intermédiaire des sources anciennes.

Il n’y a pas de bibliographie puisqu’avant de se familiariser avec la monumentale et passionnante Bibliographie raisonnée de Paul Geisendorf qu’il acheva sur son lit de mort, on a sous la main l’excellent Guide bibliographique de lʼhistoire de Genève de Françoise Dubosson (1998).

Impossible d’énumérer les collègues à qui je dois quelque chose et même ceux à qui je dois beaucoup. Une exception: Anne-Marie Piuz, véritable introductrice à Genève de la “nouvelle histoire” centrée sur l’économique et le social.

Pour l’image et le développement urbains, les trois volumes collectifs parus de 1997 à 2011, Les Monuments dʼart et dʼhistoire du canton de Genève, donnent déjà une vue générale de ces questions riches en bons textes et en illustrations.

Pour les lecteurs attirés par le passé de Genève, je leur conseille un livre qu’ Anne-Marie Piuz a édité et dirigé avec Liliane Mottu: Lʼéconomie genevoise de la Réforme à la fin de lʼAncien Régime: XVIe XVIIIe siècles (1990). Le titre est carrément faux, car trop restreint. Avec quatre collaborateurs, le livre est aussi une contribution essentielle à l’histoire générale. Lourd volume de 650 pages, bourré de chiffres, il pourrait faire peur à un lecteur. Il faut surmonter cette appréhension. Les sujets traités sont d’un tel intérêt et brûlants d’actualité: comme l’alimentation, les crises, les pauvres, l’assistance publique, les traits saillants des capitalistes genevois. De lecture plus facile, la bonne Histoire de Genève est un ouvrage collectif conçu sous la direction de Paul Guichonnet; la troisième et dernière édition est de 1986. Le plan est chronologique; la politique, l’économie, la société, la religion et la culture sont embrassées avec plus ou moins d’étendue suivant les auteurs.

Paul-Edmond Martin, l’archiviste d’Etat, puis professeur d’histoire du Moyen Age et d’histoire nationale, autrement dit d’histoire de la Suisse et de Genève, qui fut mon inoubliable patron, a dirigé pour la Société d’histoire et d’archéologie une Histoire de Genève en deux volumes, publiés en 1951 et 1956, événementielle et politique; dans ces limites, détaillée et sûre.

Pour les sources imprimées, indispensable et impressionnant est le recueil qu’on doit à Emile Rivoire et Victor van Berchem sous le nom de Sources du droit du canton de Genève, en quatre tomes édités de 1927 à 1935. Il convie les siècles à partir du onzième et s’arrête à 1700.

Une vue affaiblie m’a empêché de recourir à des sources manuscrites pour ces essais, mais j’ai pu utiliser un grand nombre de copies, de résumés et d’extraits des documents d’archives recueillis pour mon enseignement et d’autres recherches. Le temps m’a manqué pour redresser des maladresses de détail; c’est le cas de quelques redites d’un essai à l’autre que je n’ai pu supprimer ou écrire à nouveau.

Pour terminer, deux réflexions sur la nature de mon travail. Premièrement, l’histoire locale ne prend de la valeur que rapprochée avec ce qui se passe ailleurs. Des comparaisons sont faites, dans la mesure du possible, avec l’histoire générale et d’autres histoires locales. De même les problèmes anciens sont parfois confrontés avec nos préoccupations d’aujourd’hui. Dernier point: j’en emprunte l’expression à Georges Duby, médiéviste bien connu. La fonction de l’historien est de restituer la vie. “Or, ne nous méprenons pas, cette vie qu’il a mission d’instiller, c’est la sienne.”


Le professeur Louis Binz avait souhaité insérer dans son dernier ouvrage UNE HISTOIRE DE GENEVE ces trois textes qu'il avait déjà fait connaître. Nous les reproduisons ici pour toute l'importance que
l'historien accordait à sa fonction première de maître au collège, pour l'exemple d'un découvreur genevois du XIX ème siècle, marquant en raison de la curiosité des domaines auxquels il s'attacha, ouvrant ainsi les voies qui prolongeront durablement le mythe d'une Genève savante. Enfin, Louis Binz tenait à évoquer ces personnalités politiques locales, les proscrits du XX ème siècle, sans doute parce qu'il avait à coeur de défendre avec ses moyens intellectuels les modestes, ainsi qu'il nommait les humiliés.


Frans de Momper (Anvers , 1603 - Anvers, 1660) Josse II de  Momper, dit le Jeune (Anvers2C 1564 - Anvers, 1635) , ancienne	 attribution  Vue de Genève, vers 1650 - 1660
Frans de Momper (Anvers , 1603 - Anvers, 1660) Josse II de Momper, dit le Jeune (Anvers 2C 1564 - Anvers, 1635) , ancienne attribution Vue de Genève, vers 1650 - 1660

DANIEL COLLADON

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